
Shalom, mes chers amis.
Cette semaine, nous lisons la paracha Vayeshev (Genèse 37). Le texte s’ouvre par une phrase étrange : « Voici la postérité de Jacob : Joseph… » (Genèse 37:2). Comme si les autres fils n’existaient pas, comme si Jacob n’avait d’yeux que pour ce fils qu’il aimait plus que tous les autres et pour qui il avait fait confectionner un vêtement spécial, la fameuse « tunique à manches longues » (ketonet passim, Genèse 37:3).
Nous connaissons la suite : la jalousie des frères, les rêves de grandeur de Joseph (Genèse 37:5-11), et finalement le puits dans le désert. Mais une question nous hante : comment des hommes aussi grands – les pères des douze tribus d’Israël – ont-ils pu envisager un acte aussi terrible contre leur propre frère ?
En regardant de plus près, nous comprenons que ce n’était pas une simple haine aveugle, mais un calcul logique, bien que tragique. Les frères avaient observé l’histoire de leur famille : Abraham avait eu un fils « égaré », Ismaël (Genèse 21:9-14) ; Isaac avait eu un fils « méchant », Ésaü (Genèse 25:23-27 ; 27:41) ; et même plus tôt, il y avait eu Caïn et Abel, Cham et les autres fils de Noé… À chaque génération, il semblait y avoir une « pomme pourrie ». Les frères étaient convaincus que Joseph remplissait ce rôle dans leur génération et qu’il fallait l’écarter avant qu’il ne cause des dégâts spirituels irréparables.
Mais voici le point crucial que nous oublions souvent : tout cela était un test pour la Providence divine.
Quand les frères disent : « Venez, tuons-le, et jetons-le dans une des citernes ; nous dirons qu’une bête sauvage l’a dévoré ; et nous verrons ce qu’il adviendra de ses rêves » (Genèse 37:20), Rachi, citant le Midrash (Bereshit Rabba 84:12), souligne l’apparente incohérence : s’ils le tuent, comment ses rêves pourraient-ils se réaliser ? En réalité, ils mettaient Dieu à l’épreuve. S’ils réussissaient à le tuer, cela prouverait que Joseph n’était qu’un faux prophète et un danger. Mais s’il était vraiment l’élu de Dieu, alors même leurs tentatives de meurtre échoueraient.
C’est là que Ruben intervient (Genèse 37:21-22) : « Ne versez pas de sang ! Jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert, mais ne portez pas la main sur lui. » Ruben sait que l’homme possède le libre arbitre et peut tuer même un innocent. Il refuse que le sang de Joseph soit directement versé par ses frères. Puis Juda propose une autre idée : « Venez, vendons-le aux Ismaélites, et que notre main ne soit pas sur lui, car il est notre frère, notre chair » (Genèse 37:27).
Pensiez-vous vraiment que cette famille déjà très riche avait besoin de vingt pièces d’argent (Genèse 37:28) ? C’était impensable de vendre leur frère pour deux pièces chacun ! Non : c’était l’étape suivante du test. Joseph rêvait de royauté ? Vendons-le comme esclave ! L’esclavage est l’opposé absolu de la royauté. S’il parvient à remonter de l’esclavage en terre étrangère pour devenir roi, alors ce sera la preuve irréfutable que Dieu est avec lui.
Et c’est ici que l’histoire bascule, comme le soulignent les textes que nous avons étudiés ensemble.
Alors que les frères délibéraient et mangeaient, « des marchands midianites passaient par là ; ils tirèrent Joseph et le firent monter hors de la citerne, et ils le vendirent aux Ismaélites pour vingt pièces d’argent » (Genèse 37:28). Le texte est clair : ce ne sont pas les frères qui ont vendu Joseph ! Quelqu’un les a devancés. C’est pourquoi, lorsque Ruben revient au puits pour sauver son frère, il le trouve vide et s’écrie : « L’enfant n’y est plus ! » (Genèse 37:29-30).
Quelle leçon pour nous ? L’ironie divine est totale. En essayant de se débarrasser de Joseph pour empêcher ses rêves, les frères ont en réalité facilité leur réalisation. C’est précisément parce qu’il a été vendu comme esclave qu’il a atterri chez Potiphar (Genèse 39), puis en prison (Genèse 39:20-23), puis devant Pharaon pour devenir vice-roi de toute l’Égypte (Genèse 41:39-44).
Vingt-deux ans plus tard, quand les frères se prosternent devant lui pour obtenir du pain (Genèse 42:6), la boucle est bouclée. L’homme propose, mais Dieu dispose. Même nos erreurs, même les moments où nous pensons « tester » le destin, font partie d’un plan cosmique bien plus grand que nous.
Shalom.
