Devoirs des cœurs, extrait 4

L’auteur dit :

L’unité de Elohim est le principe et le fondement de notre religion. C’est par la confession parfaite de l’unité que la foi se distingue de l’incroyance. Elle est le principe réel de notre religion. Celui qui s’en détourne anéantit ses œuvres et détruit sa foi. C’est pourquoi la première parole prononcée sur le Sinaï fut :

«Moi-même, YHVH-Adonaï, ton Elohim qui t’ai fait sortir de la terre de Misraîm, de la maison des serfs, »[1].

L’appel est plus urgent encore dans la phrase :

« Entends Israël, YHVH-Adonaï, notre Elohim, YHVH-Adonaï un! ». [2]

Ce verset nous révèle avec les suivants, dix maximes correspondant aux dix commandements, dont il est nécessaire de comprendre la signification.  Il nous ordonne de croire en YHVH-Adonaï :

« Entends, Israël, le Seigneur… »

Entends : ce terme ne vise pas l’ouïe, le fait d’entendre avec l’oreille, mais la compréhension, la foi du coeur.  Dans tous les versets parallèles :

« Tout ce dont parle YHVH-Adonaï, nous le ferons et nous l’entendrons » [3]

« Entends, Israël, et garde pour le faire ce qui est bien pour toi,

et ce par quoi vous vous multiplierez fort,…» [4]

le verbe Shema, entendre, écouter, n’a pas seulement le sens d’ouïr, mais de croire et de recevoir.  Après nous avoir obligé de croire à la réalité de YHVH-Adonaï, le texte nous enseigne qu’il est notre Elohim et qu’il est unique. Ces trois leçons essentielles sont suivies de l’ordre de vouer à Elohim un amour absolu, aux yeux de tous comme dans le secret, fût-ce au prix de nos biens et de notre vie.

« Et tu aimeras YHVH-Adonaï, ton Elohim, de tout ton

coeur, de tout ton être, de toute ton intensité» [5]

C’est ce que j’expliquerai dans le dernier portique de cet ouvrage sur l’Amour d’Elohim, Adonaï me prêtant secours. Le texte se poursuit par une exhortation aux devoirs du cœur :


[1] Ex. 20 : 2

[2] Deut 6 : 4

[3] Ex. 24 : 7.

[4] Deut. 6 : 3

[5] Deut. 6 : 5

Lorsque l’homme a acquis, grâce à des pensées spéculatives, la certitude de l’existence du Dieu Un, son cœur et sa langue doivent être à l’unisson pour confesser cette unité divine. Car la confession de l’unité varie selon les connaissances et l’intelligence de chacun.

Pour les uns ce ne sont que des mots. Ils entendent dire une chose et la répètent sans y rien comprendre. D’autres y participent par la langue et le cœur ; ils suivent la tradition reçue des pères. Mais ils ne saisissent pas clairement la signification de cette unité dont ils reçoivent le dépôt. D’autres encore la confessent en comprenant le sens de ce qu’ils proclament, mais ils confondent cette unité avec toutes celles qui sont créées. Ils en arrivent à matérialiser Dieu, à lui attribuer forme et ressemblance, faute de connaître en vérité l’être et l’unité du Seigneur.

Les moins nombreux reçoivent l’unité divine en leur cœur et la proclament par leurs paroles, ayant compris ce qui distingue l’unité réelle de l’unité métaphorique. Ils ont la certitude absolue de l’existence du Dieu Un. Ceci est le plus parfait. C’est pourquoi j’ai dit que lorsque l’homme a connu, grâce à des preuves certaines et logiques la réalité de Dieu, son cœur et sa langue doivent être à l’unisson pour confesser l’unité du Créateur.

LES DIFFÉRENTES MANIÈRES

DE CONFESSER L’UNITÉ DE DIEU

L’auteur dit :

Le mot « unité » s’est vulgarisé dans le langage courant des monothéistes. Ceux-ci l’emploient si souvent qu’il a fini par devenir une exclamation dont ils se servent pour souligner un bien ou un mal, pour dire leurs angoisses devant une souffrance dont ils veulent exprimer la grandeur ou l’étrangeté.

Par sottise et paresse, ils ne pensent pas à ce qu’ils disent. Ils croient que tout est dit, puisque le mot « unité » est prononcé. Ils ne sentent pas combien leur cœur est vide de toute réalité, leur conscience déserte et sourde. Leur bouche confesse l’unité, mais la multiplicité règne dans leur cœur ; ils imaginent cet « Un » incréé semblable à l’unité des créatures et lui attribuent des qualités qui ne conviennent pas à l’unité réelle ; en vérité, ils la confondent avec l’unité métaphorique. Seule l’élite des monothéistes approfondit la sagesse, distingue la créature du Créateur et connaît les caractères spécifiques de l’unité réelle, comme un philosophe l’a justement dit :

« Ne peuvent adorer la cause suprême et le principe premier

que le Prophète selon un exercice naturel, ou le Philosophe

selon la science acquise. Tous les autres adorent autre

chose que lui, car ils ne conçoivent que l’être composé ».[1]

Selon la multiplicité des esprits et des intelligences, les hommes introduisent donc la multiplicité dans l’unité. Nous pouvons les classer en quatre groupes.

Les uns confessent l’unité de Dieu par leurs paroles seulement, enfants ou sots qui ignorent les choses de la foi et ne peuvent les concevoir.

Les autres, fidèles à la tradition et confiants en ceux qui la transmettent, y participent par le cœur et la parole sans toutefois comprendre rationnellement le sens de ce qu’ils affirment ; ils vont comme l’aveugle appuyé sur son guide ; que celui-ci leur soit semblable et nous serons devant un peuple frappé de cécité, chacun posant la main sur l’épaule de son compagnon jusqu’au clairvoyant qui les dirige tous. S’il les trahit, les néglige, ne prend garde à eux, si l’un d’entre eux trébuche ou subit un accident, tous seront victimes, rejetés de la voie. Ils tomberont dans la fosse ou s’achopperont à l’obstacle qui brisera leur marche. Tels sont les fidèles à la tradition seule : on ne peut être sûr qu’ils ne se livreront pas à l’idolâtrie ; ils pourront, tentés par les hérésies, être dévoyés, errer sans même en avoir conscience. C’est pourquoi les Docteurs ordonnent :

« Sois vigilant pour étudier l’Écriture

Et sache que répondre aux mécréants ». [2]

Le troisième groupe est composé par ceux qui confessent l’unité du Créateur dans leur cœur, la proclament par leur bouche, et connaissent intellectuellement les preuves de son existence. Mais encore ne savent-ils distinguer entre unité réelle et unité métaphorique. Un homme part en voyage vers une cité lointaine ; la route est incertaine, coupée par de multiples embranchements. L’homme ignore le chemin le plus court, bien que sachant son existence. Il s’épuise en vaines tentatives pour atteindre son but, et son voyage aboutit finalement à l’échec, du fait de son ignorance de la voie. [3]

Les derniers confessent intérieurement comme à l’extérieur l’unité du Seigneur, sachant prouver son existence et sa réalité par voie spéculative, au moyen de solides déductions rationnelles. Tel est le but à atteindre et le plus haut degré, que le prophète exige :

« Pénètre-le aujourd’hui et retourne-le en ton coeur:

oui, YHVH-Adonaï, lui, l’Elohim ». [4]


[1] La source de cette sentence qu’on rencontre plusieurs fois dans la littérature arabo-juive du Moyen âge est iconnue.

[2] Mishna Abôth 2, 14

[3] Eccl. 10, 15

[4] Deut. 4, 39

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