Notes sur Ézékiel chapitre 2

  1. Introduction
  2. Texte
    1. Chapitre 2:1-2
    2. Chapitre 2:3-4
    3. Chapitre 2:5-6
    4. Chapitre 2:7-8
    5. Chapitre 2:9-10
  3. Conclusion
Centre Rachi Israël

Introduction

Après avoir dévoilé à Ézékiel la magnifique vision de la Merkavah, Dieu lui révèle la tâche qui lui est confiée, une mission d’une importance cruciale. Ézékiel est appelé à affronter la nation juive rebelle, à les exhorter en faisant un retour à Dieu et en changeant leurs voies déviantes. Dieu lui demande d’utiliser des mots forts, de leur parler sans détour des conséquences tragiques qui découleront de leur refus de l’écouter.

Dieu avertit Ézékiel que la réponse de son peuple ne sera pas celle qu’il espère. Ils le rejetteront, le mépriseront et ne lui obéiront pas. Malgré cette prédiction sombre, Ézékiel est appelé à persévérer, à rester fidèle à sa mission, même dans l’adversité. Il doit s’immerger totalement dans ce rôle, s’identifier complètement à la parole de Dieu et à la vérité qu’il est chargé de transmettre.

C’est un défi immense pour Ézékiel, sa tâche est douloureuse, mais il est appelé à la remplir avec courage et conviction. Il doit demeurer inébranlable dans sa foi, sachant que sa mission est essentielle pour le bien-être spirituel de son peuple. Même si les résultats semblent incertains, Ézékiel doit continuer à porter le message divin avec passion et détermination.

La mission d’Ézékiel est une manifestation du pouvoir divin et de la grâce de Dieu. Il est choisi pour être un instrument de transformation, un prophète courageux qui transmet la parole divine dans des circonstances difficiles. Sa volonté de se tenir devant le peuple rebelle et de proclamer la vérité, malgré les obstacles, témoigne de son dévouement et de sa confiance en Dieu.

La révélation de la vision de la Merkavah est le point de départ d’un parcours extraordinaire pour Ézékiel. Son histoire inspire non seulement les croyants de son époque, mais aussi ceux qui étudient ses écrits aujourd’hui, nous rappelant l’importance de la persévérance, du courage et de la foi face à l’adversité.

Texte

Comme nous sommes de fervent admirateur du travail qu’André Chouraqui a fait, nous lisons sa traduction qui a la qualité d’être littérale. Vous pouvez la trouver sur quelques site comme nachouraqui et levangile.com .
J’aime bien voir la version original en hébreu donc pour la version du Grand Rabbinat fr : Sefarim et Sefaria.

Chapitre 2:1-2

  1. Il me dit : «Fils d’humain (ben Adam), tiens-toi sur tes pieds. Je te parle.»
  2. Le souffle vient en moi quand il me parle. Il me fait tenir sur mes pieds et j’entends celui qui me parle.

א וַיֹּאמֶר, אֵלָי: בֶּן-אָדָם עֲמֹד עַל-רַגְלֶיךָ, וַאֲדַבֵּר אֹתָךְ
ב וַתָּבֹא בִי רוּחַ, כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֵלַי, וַתַּעֲמִדֵנִי, עַל-רַגְלָי; וָאֶשְׁמַע, אֵת מִדַּבֵּר אֵלָי

Iehèzqel 2:1-2, traduction Bible Chouraqui.

Le terme « Fils d’Adam » (fils d’humain, fils de l’homme) est une traduction littérale de l’hébreu « ben Adam » et est utilisé pour désigner l’humanité en général. Il est employé de manière poétique pour souligner l’origine commune de tous les êtres humains, remontant à Adam, le premier homme selon la tradition biblique. Cette expression, récurrente dans les prophéties d’Ézékiel, met en évidence la petitesse de l’humanité face à la grandeur infinie de IHVH-Adonaï.

Ézékiel est appelé « ben Adam« , fils de l’homme, pour éviter qu’il ne s’enorgueillisse et pour lui rappeler qu’il reste un être humain. Ce titre vise à rappeler qu’il n’est pas devenu un être céleste ou un ange, mais qu’il demeure un homme (Rashi).

La notion d’universalité présente dans le titre « ben Adam » invite Ézékiel à reconnaître que son rôle de prophète le place comme un intermédiaire entre Dieu et l’humanité, transcendant les frontières et les divisions pour apporter un message d’amour, de vérité et d’espoir. Ainsi, Ézékiel est chargé d’une responsabilité immense en tant que fils de l’homme. Son message prophétique est destiné à toucher les coeurs de tous ceux qui cherchent la vérité et la guidance spirituelle. Son appel à l’humilité et à l’universalité souligne l’importance de l’unité et de la fraternité entre les êtres humains, invitant chacun à reconnaître sa propre humanité et à s’engager dans un chemin de transformation et de réconciliation.

Ainsi, le titre de « ben Adam » incarne non seulement l’humilité d’Ézékiel, mais aussi la portée universelle de son message divin. Il lui rappelle la nécessité de s’adresser à tous les hommes et femmes de la terre, de témoigner de la grandeur de Dieu et de partager la vérité et l’amour divin.

Selon Abarbanel, le titre « fils d’Adam » nous rappelle les similitudes entre Ézékiel et Adam. Adam a été exilé du jardin d’Eden, tandis qu’Ézékiel a été exilé de la terre d’Israël. Adam a été attristé par la méchanceté de ses enfants, tout comme Ézékiel a été attristé par la méchanceté des Juifs rebels. Ensuite, la descendance d’Adam a péri dans le déluge, tandis que les enfants d’Ézékiel pourraient périr en exil. Par l’intermédiaire d’un descendant d’Adam, Noé, le monde a été reconstruit. De la même manière, à travers la descendance spirituelle d’Ézékiel, le Messie reconstruira le monde.

Le lien entre Ézékiel et Adam souligne les défis et les souffrances qu’ils ont partagés en tant que figures exilées. Il souligne également l’espoir de reconstruction et de rédemption, symbolisées par Noé dans le cas d’Adam et potentiellement par le Messie dans le cas d’Ézékiel. Cela met en avant l’idée que même dans les moments de crise et de désolation, il existe une possibilité de renouveau et de restauration à travers une figure providentielle.

Chapitre 2:3-4

  1. Il me dit : «Fils d’humain, moi, je t’envoie aux Benéi Israël, aux nations de révoltés qui se sont révoltés contre moi. Eux et leurs pères ont fait carence contre moi jusqu’en l’os de ce jour.
  2. Les fils, durs de faces, forçats du cœur, moi, je t’envoie à eux. Dis-leur : « Ainsi dit Adonaï YHVH-Elohîm! »

ג וַיֹּאמֶר אֵלַי, בֶּן-אָדָם שׁוֹלֵחַ אֲנִי אוֹתְךָ אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל–אֶל-גּוֹיִם הַמּוֹרְדִים, אֲשֶׁר מָרְדוּ-בִי: הֵמָּה וַאֲבוֹתָם פָּשְׁעוּ בִי, עַד-עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה
ד וְהַבָּנִים, קְשֵׁי פָנִים וְחִזְקֵי-לֵב–אֲנִי שׁוֹלֵחַ אוֹתְךָ, אֲלֵיהֶם; וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם, כֹּה אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה

Iehèzqel 2:3-4, traduction Bible Chouraqui.

Rashi dit : « aux nations de révoltés », le verset parle des 2 tribus : Iehouda et Binyamin. 

Selon Radak et Abarbanel, les enfants ont surpassé leurs parents dans leur comportement défectueux. Les parents étaient déjà rebelles, mais les enfants se sont montrés encore plus insolents envers quiconque tentait de les corriger. Leur attitude était dure et impitoyable, refusant catégoriquement toute forme de critique ou de remise en question.

Chapitre 2:5-6

  1. Et eux, qu’ils t’entendent ou qu’ils s’abstiennent, oui, eux, la maison de la rébellion, ils pénétreront qu’un inspiré est parmi eux.
  2. Et toi, fils d’humain, ne frémis pas d’eux, ne frémis pas de leurs paroles; oui, orties et épines contre toi, tu es assis sur des scorpions! Ne frémis pas de leurs paroles, ne t’effare pas de leurs faces; oui, eux, la maison de la rébellion!

ה וְהֵמָּה אִם-יִשְׁמְעוּ וְאִם-יֶחְדָּלוּ, כִּי בֵּית מְרִי הֵמָּה–וְיָדְעוּ, כִּי נָבִיא הָיָה בְתוֹכָם

ו וְאַתָּה בֶן-אָדָם אַל-תִּירָא מֵהֶם וּמִדִּבְרֵיהֶם אַל-תִּירָא, כִּי סָרָבִים וְסַלּוֹנִים אוֹתָךְ, וְאֶל-עַקְרַבִּים, אַתָּה יוֹשֵׁב: מִדִּבְרֵיהֶם אַל-תִּירָא וּמִפְּנֵיהֶם אַל-תֵּחָת, כִּי בֵּית מְרִי הֵמָּה

Iehèzqél 2:5-6, Traduction Chouraqui

Le fait qu’un prophète s’adresse à eux pendant leur exil indique que malgré cette situation difficile, ils n’ont pas été libérés de leurs obligations (Mitzvot) envers Dieu et demeurent toujours Son peuple (Daas Sofrim, R’ Eisemann).

Ce constat met en évidence le lien continu et la relation spéciale entre le peuple et Dieu, même lorsque celui-ci traverse des périodes d’exil et de dispersion.

L’exil n’est pas considéré comme une libération ou une excuse pour se soustraire aux commandements divins. Au contraire, le prophète souligne que même en temps d’exil, ils doivent continuer à respecter les Mitzvot et à maintenir leur relation avec Dieu. Leur identité en tant que peuple de Dieu demeure intacte, et ils sont toujours appelés à vivre selon Ses enseignements et Ses lois.

Le fait que le prophète s’adresse au peuple en exil témoigne de la continuité de l’alliance entre Dieu et Son peuple, les encourageant à rester fidèles à leurs engagements malgré les difficultés. Cette reconnaissance de leur statut en tant que peuple de Dieu renforce l’importance de leur relation avec Lui et les invite à persévérer dans leur observance des Mitzvot, même en période d’épreuves.

Le sens du verset Ézékiel 2:6 est le suivant : Le peuple que tu réprimandes te méprisera et t’humiliera, comme si tu étais assis sur un scorpion qui te pique de toutes parts. Ainsi, Dieu met en garde Ézékiel en lui disant que le peuple ne sera pas réceptif à son message, mais malgré cela, il doit persévérer (R’ Breuer).

Ce verset souligne la résilience et la détermination nécessaires pour être un prophète fidèle, même face à l’opposition. Ézékiel doit persévérer malgré le mépris du peuple, sachant que son rôle est d’obéir à Dieu et de transmettre Son message, quelles que soient les réactions qu’il rencontre.

Chapitre 2:7-8

  1. Dis-leur mes paroles, qu’ils entendent ou qu’ils s’abstiennent! Oui, eux la rébellion!
  2. Et toi, fils d’humain, entends ce que moi je te dis. Ne sois pas rebelle, comme la maison de la rébellion. Fends ta bouche, mange ce que, moi, je te donne»!

ז וְדִבַּרְתָּ אֶת-דְּבָרַי אֲלֵיהֶם אִם-יִשְׁמְעוּ וְאִם-יֶחְדָּלוּ: כִּי מְרִי הֵמָּה

ח וְאַתָּה בֶן-אָדָם, שְׁמַע אֵת אֲשֶׁר-אֲנִי מְדַבֵּר אֵלֶיךָ–אַל-תְּהִי-מֶרִי כְּבֵית הַמֶּרִי: פְּצֵה פִיךָ–וֶאֱכֹל, אֵת אֲשֶׁר-אֲנִי נֹתֵן אֵלֶיךָ

Iehèzqél 2:7-8, traduction Chouraqui.

Rebel : en hébreux le mot מְרִי (méri) est de la même racine מַר (mar) qui signifie amère.

Chapitre 2:9-10

  1. Et je vois, voici, une main envoyée vers moi. Voici, en elle, le volume d’un acte.
  2. Il le déploie en face de moi. Il est écrit sur la face et le revers. Élégies, murmure et plainte y sont écrits.

ט וָאֶרְאֶה, וְהִנֵּה-יָד שְׁלוּחָה אֵלָי; וְהִנֵּה-בוֹ, מְגִלַּת-סֵפֶר

י וַיִּפְרֹשׂ אוֹתָהּ לְפָנַי, וְהִיא כְתוּבָה פָּנִים וְאָחוֹר; וְכָתוּב אֵלֶיהָ, קִנִים וָהֶגֶה וָהִי

Iehèzqél 2:9-10, traduction Chouraqui.

Le targoum Jonathan interprète « panim veahor » comme signifiant « ce qui était au début et ce qui se produira dans l’avenir à la fin ». Selon Rashi, le rouleau prédit l’avenir en décrivant les souffrances des justes dans ce monde, leur récompense dans le monde à venir, ainsi que les malheurs réservés aux méchants dans le monde à venir (sifri Beha’aloscha 45, et voir Malbim).

Ce verset apporte une explication quant aux raisons pour lesquelles les justes peuvent rencontrer des difficultés tandis que les méchants semblent ne pas souffrir. Il met en évidence le principe selon lequel chaque individu est récompensé en fonction de ses actions, et que tout est consigné dans un livre.

Il est intéressant de noter que le terme « Olam Haba » (monde à venir) n’est pas explicitement mentionné dans la Torah. Cependant, selon les interprétations des commentateurs, les notions de récompense et de punition, ainsi que la perspective d’une vie future, sont présentes dans le texte biblique.

Ce verset met en lumière la croyance en une vision à long terme, dans laquelle les justes peuvent endurer des épreuves dans ce monde, mais seront récompensés dans l’avenir, tandis que les méchants peuvent sembler prospérer ici-bas, mais feront face à des conséquences dans le monde à venir.

Cela rappelle également que toutes les actions sont enregistrées dans un livre divin, soulignant l’idée que rien n’est oublié et que chaque individu sera confronté à la vérité de ses actes. Cette compréhension de la justice divine peut apporter un réconfort aux justes qui font face à des difficultés et donner un avertissement aux méchants qui semblent échapper aux conséquences de leurs actions dans ce monde.

Conclusion

En conclusion, notre exploration de la figure prophétique d’Ézékiel a mis en lumière un message réconfortant et puissant : même en période d’exil et de difficultés, Israël demeure le peuple de Dieu et est aimé par Lui. Une notion essentielle qui émerge de cette étude est celle de l’humilité, symbolisée par le titre « ben Adam » attribué à Ézékiel.

Les prophéties d’Ézékiel nous ont rappelé que malgré les épreuves rencontrées par le peuple d’Israël, ils restent liés à Dieu par une relation d’amour et d’alliance. Même lorsque le peuple se détourne de Lui et fait preuve de rébellion, Dieu ne les abandonne pas. Son amour et sa miséricorde persistent, offrant l’espoir d’un renouveau et d’une restauration.

L’exil d’Israël, tel que décrit par Ézékiel, peut être vu comme une période de purification et d’apprentissage. C’est une période pendant laquelle le peuple est confronté aux conséquences de ses actions, mais aussi une opportunité de se repentir et de faire retour (teshouva) vers Dieu. Malgré les souffrances et les épreuves endurées, la relation entre Dieu et Israël demeure intacte, nourrie par la promesse d’un avenir meilleur.

Cette vision réaffirme l’importance de l’amour divin et de la croyance en la capacité de rédemption. Même lorsque nous traversons des périodes difficiles, nous pouvons trouver du réconfort en sachant que Dieu ne nous abandonne pas. Son amour inconditionnel et sa bienveillance nous guident sur le chemin de la guérison et de la restauration.


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